Samedi 30 janvier 2016


27e anniversaire de l'avènement de
Sa Majesté Très-Chrétienne le Roi
Louis XX





Messe votive pour le Roi de France
avec orgue et motets
ce samedi 30 janvier à 10h30
en la prieurale Saint-Pierre-Saint-Paul de Souvigny
à l'occasion de la fondation du Cercle légitimiste du Bourbonnais.



Il y a 4 mois et demi, le samedi 19 septembre 2015, c'est en cette même abbatiale que notre Roi S.M. Louis XX présidait la cérémonie du XIe centenaire de la première Maison de Bourbon.

Afficher l'image d'origine

Afficher l'image d'origine

Afficher l'image d'origine



30 janvier


27e anniversaire du trépas du roi 
Alphonse II

Prince Alphonse de Bourbon duc d'Anjou


Monseigneur le Prince Alphonse de Bourbon, duc d’Anjou et de Cadix (1936 -1989)

De profundis clamavi ad te, Domine, Domine, exaudi vocem meam.
Fiant aures tuæ intendentes in vocem deprecationis meæ.
Si iniquitates observaveris, Domine, Domine, quis sustinebit ?
Quia apud te propitiatio est, et propter legem tuam sustinui te, Domine.
Sustinuit anima mea in verbo ejus, speravit anima mea in Domino.
A custodia matutina usque ad noctem, speret Israël in Domino.
Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio.
Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus.
Requiem aeternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis.

V/ A porta inferi.
R/ Erue, Domine, animam ejus.

V/ Requiescat in pace. R/ Amen.

V/ Domine exaudi orationem meam.
R/ Et clamor ad Te veniat.

Oremus.

Deus, cui próprium est miseréri semper et párcere, te súpplices exorámus pro anima fámuli tui regis Alphonsi, quam hodie de hoc sǽculo migráre iussísti : ut non tradas eam in manus inimíci, neque obliviscáris in finem, sed iúbeas eam a sanctis Angelis súscipi, et ad pátriam paradísi perdúci ; ut quia in te sperávit et crédidit, non pœnas inférni sustíneat, sed gáudia ætérna possídeat. Per Christum Dóminum nostrum. R/ Amen.





Afficher l'image d'origine



Témoignage du baron Pinoteau

"Jean Auguy m'a demandé quelques lignes sur celui qui fut en quelque sorte, et durant vingt-six ans, mon patron. Agé de vingt-six ans lorsque j'entrais à son service, le prince Alphonse est mort à cinquante-deux ans, ce qui veut dire qu'il m'eut durant la moitié de sa vie à ses côtés pour le faire connaître aux Français. On peut ainsi facilement imaginer que j'ai quelque connaissance de mon sujet, si j'ose dire, car il est bien évident que c'était moi son sujet.

Le fil de la Parque fut un mince câble tendu par des [...] Américains au bas d'une piste neigeuse que le prince Alphonse inspectait pour le compte des organisateurs de championnats internationaux de ski alpin à Beaver Creek (ville d'Avon, comté d'Eagle, état du Colorado, Etats-Unis d'Amérique). Plusieurs fois champion de ce sport (le nombre des coupes que l'on peut découvrir chez lui est véritablement ahurissant), le Prince en était aussi un important responsable et l'on sait qu'il fut le rapporteur (ô combien favorable!) pour l'attribution des jeux olympiques d'hiver à notre Albertville.
Il n'est pas inutile de savoir que la piste en question était dangereuse et qu'elle avait déjà causé la mort de plusieurs skieurs, étant mal balisée. L'accident eut lieu à 16 h 30 (heure locale) le 30 janvier 1989. Averti trop tard par un autre champion qui descendait à côté de lui et qui put éviter le câble, le Prince prit celui-ci en pleine poitrine : ce câble était tendu pour indiquer une nouvelle fin de piste, rendant celle-ci plus courte avant une nouvelle compétition. Cet instrument du destin devait d'ailleurs supporter une pancarte publicitaire... Ce fut donc une question de manque de coordination qui est responsable de l'accident. Sous le choc, le câble glissa vers le haut et trancha la gorge du Prince. L'organisation américaine fut d'ailleurs si lamentable que le corps fut laissé sur place, dans la neige, durant trois quarts d'heure, avant d'être transporté au Tomford Mortuary d'Idaho Springs, dans le même état, où une longue autopsie fut pratiquée. Le chef de la police locale avait tout d'abord déclaré, pour sauver la face, que le Prince pouvait avoir de l'alcool ou de la drogue dans le sang ! De nombreuses pages d'analyses prouvent amplement qu'il n'en était évidemment rien !
C'est au coeur de la nuit européenne que S.M. le roi d'Espagne eut à téléphoner la nouvelle à S.A.R. le prince Gonzalve, frère du défunt et que fut ainsi avertie la mère qui réside à Rome, Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie, née Emmanuelle de Dampierre.
Dès l'aube, tant en Espagne qu'en France et dans de nombreux pays, tout le monde savait par la télévision, la radio et la presse ce qui était arrivé, ce qui fut d'ailleurs l'occasion du dessin d'un atroce mauvais goût passé sur le petit écran. Pour beaucoup, même les plus humbles, ce fut un choc "comme si on avait perdu quelqu'un de la famille" et un de mes amis de la Bibliothèque nationale entendit le matin-même dans un bistrot quelqu'un dire froidement : "Le roi est mort".
S.M. le roi d'Espagne envoya un avion militaire pour ramener le corps et l'on sait que les Américains (qui avaient pris quelques mesures de deuil éphémère à Beaver Creek), furent finalement soulagés de voir partir le corps après avoir fait cadeau d'un drapeau espagnol pour déposer sur le cercueil. C'est ainsi que fut ramenée d'urgence la dépouille mortelle du pauvre Prince, accompagnée en ce navrant voyage par S.A.R. Mgr le prince Gonzalve et le marquis de Villaverde, respectivement frère et [...] beau-père du défunt. A l'arrivée sur une base militaire espagnole, il fut évidemment tout naturel pour Mgr Gonzalve de mettre le drapeau de sang et or sur son cercueil. Entre-temps, les officiels avaient recherché en hâte un lieu d'inhumation, alors que "don Jaime" est pour quelques années dans le "pudridero" de San-Lorenzo de l'Escorial et que le petit prince François est inhumé au cimetière du Pardo. Les Français n'ayant aucune solution pratique immédiate, les Espagnols décidèrent avec raison que la dépouille du Prince serait déposée dans l'église du monastère des Clarisses royales de Madrid, autrement dit Las Descalzas (déchaussées) reales. Il s'agit là, en effet, d'une fondation royale datant de la Maison d'Autriche et qui fait partie du patrimoine national. Eglise et monastère sont remarquablement entretenus et visités par un grand nombre de touristes.
C'est là, le 2 février, qu'eurent lieu à la hâte, selon les moeurs espagnoles, les funérailles du chef de la Maison de Bourbon. La Messe chantée commença à 11 h 30. Le cercueil de bois noir n'était accompagné d'aucun insigne pour ne froisser, paraît-il, aucune susceptibilité ! Tout se déroula en présence de LL.MM. le roi et la reine d'Espagne, de leurs enfants, de LL.AA.RR. le comte et la comtesse de Barcelone, de tous les autres membres de la famille d'Espagne, de LL.AA.RR. le duc et la duchesse de Calabre (lui étant chef de la famille royale des Deux-Siciles), de S.M. le roi des Bulgares, de [Mgr] le prince Victor-Emmanuel, chef de la Maison de Savoie, etc. Le fils du défunt, Mgr le prince Louis-Alphonse, fort digne en sa grave jeunesse (il avait près de quinze ans), était accompagné de son oncle, Mgr le prince Gonzalve, et de sa grand-mère, Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie. Deux rangs derrière eux, des places étaient réservées aux comte et à la comtesse François de Bourbon-Busset, au duc de Bauffremont et à moi-même. Une douzaine de Français proches du défunt étaient aussi dans l'église. Faut-il préciser que la famille maternelle du jeune Prince était présente ?
Au bout d'une quarantaine de minutes tout était terminé, le cercueil étant placé sous une dalle de la chapelle de l'Immaculée Conception, la première près du choeur, sur la gauche. Des valets en livrée royale (tricolore et rehaussée de galons d'or, car venant de Philippe V) remplissaient le rôle d'employés des pompes funèbres.
Ce furent ensuite les condoléances, le départ des souverains, les Français en larmes près de la tombe pour entourer les trois princes de la branche aînée. M. l'abbé Christian-Philippe Chanut prit alors sur lui de faire une absoute en latin et en français pour bien montrer qui nous étions, puis fit chanter les acclamations carolingiennes "Ludovico christianissimo et excellentissimo capiti Domus regalis, vita et gloria !".
En fin d'après-midi, dans la maison du feu Prince, quelques Français pouvaient saluer le nouveau Prince auquel j'adressais la parole pour lui dire l'essentiel de ce que nous ressentions. Le duc de Bauffremont ajouta quelques mots ; choisi comme représentant par l'infant duc d'Anjou et de Ségovie en 1946-1947, il ne fit sa réapparition dans le dispositif légitimiste qu'en 1972, un quart de siècle après, lors du mariage du prince Alphonse.
Le lendemain matin, une messe dite par l'abbé Chanut fut célébrée à Las Delcalzas reales et une nouvelle absoute chantée devant la tombe environnée de fleurs (des dizaines de gerbes figuraient dans l'église). Avec quelques amis, je pus présenter mes respects à la Rme mère abbesse accompagnée d'une soeur : elles nous parlèrent derrière une grille toute de tradition, se déclarant émues et honorées d'avoir à être les gardiennes du corps d'un tel Prince.
Le soir, dans la belle église de San Jeronimo el Real (où se maria Alphonse XIII), une grand-messe publique eut lieu, dite par S.Exc.R. Mgr le nonce du pape. Des milliers de personnes étaient là, dont deux cents Français, certains venus en car de Toulouse. Le maire de Nice, président du conseil général des Alpes-Maritimes, M. Jacques Médecin, était représenté par Maître Henri-Charles Lambert, qui accomplissait déjà la même fonction aux obsèques du duc d'Anjou et de Ségovie à Lausanne en 1975. Le jeune Prince, portant une décoration miniature du Saint-Esprit à la boutonnière, était accompagné de son oncle et de sa grand-mère. S.A.R. l'infante Christine, comtesse Marone, avait une place spéciale, alors que S.Exc. le général-marquis de Mondejar, chef de la Maison de S.M. le roi d'Espagne, représentait son souverain. Je fus le Français qui l'accueillit sous le porche principal. Une bannière aux armes de France et un collier du Saint-Esprit ornaient la grille du choeur. La messe fut assez belle, le discours meilleur, mais le nonce qui officiait et qui parla ne prit pas la peine de saluer tous les Français présents, alors que des clercs de chez nous figuraient dans le choeur...
Il est certain que la grand-messe de Saint-Denis surpassa tous ces fastes madrilènes. On dit que six mille personnes furent présentes dans et hors la cathédrale-basilique où dormaient nos souverains. Une foule de fidèles resta debout dedans et dehors. Ce fut donc le 9 février qu'eut lieu cette émouvante cérémonie qui dura une heure trois quarts. Le catafalque violet fleurdelisé d'or, les six flambeaux d'argent ornés de panonceaux aux armes de France et le collier du Saint-Esprit donnaient l'indispensable signification au rassemblement de tant de personnes dont certaines, fort connues, ne pouvaient cacher leurs larmes.
Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie, S.A.R. Mgr le prince Gonzalve (notre duc d'Aquitaine portait une décoration miniature du Saint-Esprit) et S.A.I.R. l'archiduchesse Constance d'Autriche présidaient la cérémonie : le prince Alphonse, dont l'union avec Carmen Martinez-Bordiu avait été [déclarée nulle], allait en effet déclarer ses fiançailles avec cette petite-fille des derniers souverains de l'Autriche-Hongrie, et donc par l'impératrice-reine Zita de Bourbon-Parme, descendante de notre Charles X. Derrière eux, dans l'ordre de primogéniture, de nombreux Bourbons des Deux-Siciles et de Parme, le destin donnant la première place à S.A.R. Mgr le prince Ferdinand des Deux-Siciles, qui, comme duc de Castro (qu'il n'est pas) avait trouvé bon de venir plaider, en compagnie de S.A.R. Mgr le prince Sixte-Henri de Parme et de S.A.R. Mgr le prince Henri d'Orléans (pseudo-comte de Clermont) contre leur chef de Maison... Mais si les princes de Parme et d'Orléans ont eu la honte de persévérer dans leur action par un appel contre le prince Alphonse, le prince des Deux-Siciles avait abandonné cette folle entreprise et trouvé le chemin de Saint-Denis pour rendre hommage à la mémoire de son chef de Maison, ce qui est évidemment tout à son honneur.

Des archiducs d'Autriche, S.A.I. Mme la grande-duchesse héritière de Russie et d'autres princes étaient présents. Du côté gauche, le général d'armée de Galbert, gouverneur des Invalides, l'ambassadeur du Chili (M. Riesle est mari d'une archiduchesse soeur de la fiancée du feu Prince), S.M. l'empereur Bao-Daï (converti au catholicisme) et sa femme, Mme la duchesse de Castries, Mme Barre, le ministre Jean Foyer, avocat du feu Prince et d'autres grands noms étaient présents. Une délégation de l'Association de la noblesse française était là et une importante délégation de la Société des Cincinnati de France l'accompagnait avec son président le comte François de Castries, le vice-président marquis de Bouillé, le secrétaire général marquis de Bausset, etc., ainsi que M. Frederick L. Graham représentant du président général de toutes les sociétés des Cincinnati. Dans le choeur, le comte Stanislas de Follin portait le drapeau de la Société française des Cincinnati et la seule gerbe présente au pied du catafalque était celle de cette association dont le feu Prince était membre (comme représentant de Louis XVI). On pouvait voir aussi dans le choeur une importante délégation de chevaliers de Malte en coule noire, menée par le bailli-comte de Saint-Priest d'Urgel : ces chevaliers se placèrent de part et d'autre du catafalque lors de l'absoute ; le feu Prince était, en effet, chevalier d'honneur et dévotion de cet ordre.
La messe, chantée par le Choeur grégorien, fut de toute beauté. Le discours de l'officiant, l'abbé Chanut, fut de grande élévation et il montra à tous quelle fut la lente transformation du prince Alphonse au cours des âges et quelles furent ses dernières préoccupations. On chanta les acclamations carolingiennes et, après l'absoute, l'abbé Chanut proclama ce qui suit : "Que Dieu prenne en pitié l'âme du très-chrétien prince Alphonse II, par la grâce de Dieu, chef de la Maison de Bourbon, duc d'Anjou et de Cadix. Qu'il accorde joie, bonheur et prospérité au très-chrétien prince Louis XX, par la même grâce, chef de la Maison de Bourbon, duc d'Anjou et de Bourbon ! Que Dieu protège la France !".
La télévision française fut brève sur cette cérémonie, mais celle d'Espagne fut plus prolixe. Il est vrai que la presse française fut muette, ce qui laisse entendre bien des choses. Cependant, si la mort-même eut un retentissement universel, rien ne fut franchement désagréable pour les Bourbons, hors l'infâme Point de vue - Images du monde qui est champion toutes catégories dans sa désinformation habituelle (mais j'ai déjà fait condamner en justice cette revue et son Chaffanjon pour plagiats) et le fameux Monde qui eut l'ignominie de publier un texte papelard du pseudo-comte de Clermont, commentant à sa façon, dans la plus grande hypocrisie, le décès de son cousin, allant même jusqu'à s'inquiéter de l'avenir du jeune Prince, alors qu'il ne s'est guère inquiété de celui de ses propres enfants, ayant abandonné sa femme et leur progéniture ! Un article de M. Jean Foyer répliqua fermement dans le même quotidien.
Il n'est pas inutile que l'on sache que Point de vue - Images du monde, qui fait tout pour nuire aux Bourbons de la branche aînée dans son orléanisme forcené et hypocrite, a profité de la mort du prince pour ne pas publier la lettre que celui-ci lui avait envoyée en droit de réponse au sujet d'un lamentable article commentant le jugement de décembre 1988. On voit où en est tombé cet hebdomadaire qui fait trop illusion sur un certain public avide de nouvelles sur les Altesses !
Si le feu Prince fut Alphonse II du fait de son grand-père Alphonse XIII qui devint notre Alphonse Ier en 1936, lors de la mort du dernier "roi" carliste à Vienne, le nouveau Prince est Louis XX, nom déjà popularisé par un ouvrage de Thierry Ardisson. Chef de la plus ancienne dynastie de l'Occident, Mgr le prince Louis, nouveau duc d'Anjou, est un lycéen madrilène que le sort accable. Abandonné par sa mère alors qu'il avait quatre ans, perdant son frère aîné dans un accident d'automobile à l'âge de dix ans, il perd son père à près de quinze ans. C'est dire combien il lui faut un certain calme pour continuer des études qui sont bonnes. Il n'est pas inutile de préciser qu'il est héritier universel de son père et que sa grand-mère paternelle est usufruitière ; elle est assistée en Espagne par trois amis du feu Prince que les Français proches de celui-ci connaissent bien et apprécient.
Rédigé après l'accident de 1984 et en espagnol pour être exécuté en Espagne, le testament du prince Alphonse donne surtout des conseils à son fils : qu'il soit bon catholique, qu'il suive les traditions familiales qui font de lui le chef des Bourbons qui auront mille ans dans trois ans, qu'il suive de près les conseils des légitimistes français qui ont le plus travaillé à la cause, qu'il les apprécie avec la même amitié et affection, et qu'il garde finalement le souvenir de son frère aîné... Bref, pas un mot sur l'Espagne !
Il n'est pas inutile non plus de préciser que l'enveloppe qui contenait le testament orthographe du prince Alphonse avait aussi un exemplaire du règlement du Conseil français créé le 11 juillet 1984 pour assurer, en particulier, la continuité dynastique en cas de son décès. On trouve dans cet organisme les trois princes de la branche aînée et moi-même comme chancelier du chef de Maison (charge qui est mienne depuis 1969) ainsi que plusieurs autres Français : le duc de Bauffremont, le vicomte Yves de Pontfarcy, Maître Renaud Vercken de Vreuschmen et le comte Jacques de Pontac. Des membres associés ont été adjoints depuis lors.
Le conseil de Mgr le duc d'Anjou et le secrétariat de ce Prince (il comprend déjà vingt-cinq personnes) assurent donc la continuité, alors même que la Société des amis du secrétariat de Mgr le duc d'Anjou (S.A.S.D.A., 10 av. Alphonse XIII, 75016 Paris) veille sur les questions financières. Association de la loi de 1901, l'Institut de la maison de Bourbon se doit de continuer son oeuvre culturelle.
Le roi est mort, vive le roi ! dit un vieil adage de chez nous. A travers les épreuves, la légitimité continue, que cela plaise ou non. Certes, on peut trouver bizarres les accidents de 1984 et de 1989, mais l'esprit malin est capable de se débrouiller pour engendrer des catastrophes qui sont finalement permises par Dieu. A la veille de sa décapitation, l'ancien chevalier d'Angleterre, qui allait devenir saint Thomas More, écrivait à sa fille préférée, Marguerite. Ce martyr de la foi lui disait : "Aie bon courage, ma fille, ne te fais aucun souci pour moi. Rien ne peut arriver que Dieu ne l'ait voulu. Or, tout ce qu'Il veut, si mauvais que celui puisse nous paraître, est cependant ce qu'il y a de meilleur pour nous".

Ces paroles de 1535 baliseront le cours de nos pensées et de nos prières. Car il n'est pas question de faire du feu Prince un saint de vitrail. Il avait ses qualités, manifestes, et aussi ses défauts. Nous nous devons de prier pour lui afin que Dieu l'ait bien vite en Son paradis.
Grand sportif, financier remarquable (ses affaires marchaient fort bien), cultivé et courtois, le prince Alphonse avait eu une existence difficile. Né à Rome d'un infant sourd-muet (Jacques-Henri VI duc d'Anjou et de Ségovie) et d'une Française, le Prince avait ainsi deux nationalités, l'espagnole et la française, l'une et l'autre consacrées par des papiers en règle. Etudiant en français et en italien à Rome et en Suisse, il fut appelé en Espagne à l'âge de dix-huit ans, et passa ses premiers examens de droit avec un dictionnaire car il ignorait finalement le castillan ! Fils d'un couple rapidement disjoint, ses père et mère s'étant remariés, il bénéficia, avec son frère cadet, de la bienveillance de leur chère grand-mère, la reine Victoire-Eugénie qui résidait à Lausanne (à l'époque de l'agonie de cette souveraine, donc en 1969, les deux frères étaient en cette ville et je pus les emmener au congrès de l'Office international). On ne reviendra pas ici sur la carrière bancaire, diplomatique et autre du feu Prince, mais je tenais à dire qu'il eut sa première cérémonie publique en France. C'était en 1956, lorsqu'il accompagna son père à Saint-Denis pour la remise d'un nouveau reliquaire de saint Louis à la basilique. Rares furent les articles qui signalèrent leur présence en tête des Capétiens !
Depuis 1955, j'étais entré en correspondance avec celui qu'on nommait alors le jeune Prince. Je fis sa connaissance en 1956 et en 1958. Après les navrants événements d'Algérie, mon meilleur ami, le comte Pierre de La Forest Divonne (+1983) et moi-même, pensâmes qu'il fallait renforcer l'action légitimiste alors que toutes les forces en faveur des Bourbons étaient faibles et se déchiraient autour de l'infant duc d'Anjou, d'ailleurs empêtré dans les séquelles de son mariage civil avec une navrante chanteuse allemande. La Forest Divonne et moi nous rendîmes à Madrid et le 30 juin 1962 nous devînmes ainsi les secrétaires de S.A.R. Mgr le duc de Bourbon, titre porté par le prince Alphonse. Le secrétariat fut longtemps sans faste, son maître étant fort occupé et même lointain quand il fut ambassadeur en Suède, mais je tiens à souligner que nous avions pour ainsi dire toujours son numéro de téléphone pour le joindre rapidement. Accablés par les seules manifestations légitimistes d'alors (les messes de Louis XVI !), nous entreprîmes un cocktail au Crillon le 18 juin 1965 pour présenter le duc de Bourbon. 850 personnes vinrent sur les 1500 invités, et de toutes les couches de la société. C'était la première fête de la Légitimité depuis environ 1895 !
La Forest Divonne et moi fûmes aussi près de l'infant-duc de 1967 à sa mort en 1975. On aurait d'ailleurs tort de minimiser les actes français de ce chef de Maison qui signa les textes tout à fait contre-révolutionnaires : l'original de l'un d'eux, dit "message du mont des Alouettes" est déposé chez Jacques Meunier, car "don Jaime" visita Chiré et présida un important dîner de fidèles chez cet ami en novembre 1972. Pour l'Algérie française en 1959, contre l'avortement en 1973, l'infant-duc manifesta toujours qu'il faisait finalement confiance à ceux qui se battaient pour les meilleures causes.
Après la mort accidentelle de son père, le prince Alphonse releva le titre de duc d'Anjou. On sait qu'il avait reconnu le processus d'instauration de la monarchie en Espagne et qu'il le fit accepter par son père. Se considérant comme membre de la famille royale espagnole, il se disait dynaste à Madrid, le mariage de son père n'ayant pas, selon lui, la possibilité de l'exclure de la succession. Il est vrai que le roi Alphonse XIII mena lui-même Emmanuelle de Dampierre à l'autel, ce qui montrait à tous que c'était en Espagne un mariage autorisé. Mais l'infant-duc avait renoncé à l'Espagne en 1933 du fait de son infirmité... acte non ratifié par les Cortès, ce pays étant d'ailleurs en république.
Quoiqu'il en soit, le nouveau duc d'Anjou, duc de Cadix Outre-Pyrénées, fut véritablement saisi par les conséquences de la coutume successorale française. J'ai vu cet homme se transformer et en arriver à admettre que son destin ne pouvait être que français. Tout le problème était de lui trouver des ressources en France, une situation et le reste. Les solutions arrivaient. Dieu en a disposé autrement.
Les festivités du Millénaire capétien furent l'occasion d'une révélation pour le duc d'Anjou. En 1987, il fut invité par plus de soixante villes de France. Maire d'honneur de Jonage (Rhône) et citoyen d'honneur d'une dizaine d'autres villes, le duc d'Anjou fut admirablement reçu par de nombreux chefs d'entreprises et des hommes politiques de tous horizons. Régions et départements se mirent de la partie. De l'école de Sorèze à la tombe de Chateaubriand, de l'église des Lucs et du Puy-du-Fou (deux fois visité) à Metz et à la saline d'Arc-et-Senans, d'Aigues-Mortes à Dunkerque et Bouvines, de Bordeaux à Lyon (plusieurs fois visitée), de Toulouse (plusieurs fois visitée) à Senlis, de Livron à Chartres, le prince Alphonse décrypta la France. On lui expliqua les industries prestigieuses du pays et, en 1988, il prît le bâton de pèlerin sur la route qui mène vers les flèches de la cathédrale, émergeant de l'horizon beauceron. Discrètement, Jacques Danjou, tel fut son incognito, pèlerina sur des dizaines de kilomètres en compagnie du Centre Charlier, marchant difficilement à la suite de son accident de 1984 et, rude épreuve pour lui, resta debout durant deux heures, lors de la grand-messe finale qui eut lieu devant la cathédrale. Je lui avais fait lire deux des principaux poèmes de Péguy dans un exemplaire de la "Pléiade" que j'avais emporté et je sais combien le Prince fut attentif à tous les détails de cette manifestation, remarquant parfois, au passage, les caractéristiques de certaines bannières fleurdelisées... Ce fut pour lui une belle initiation mariale et je me souviens qu'il tint, lors d'un rapide voyage dans le Sud-Ouest, à passer par la grotte de Lourdes qu'il ne connaissait pas : on gelait, le vent éteignait tous les cierges et la neige fondu tombait, ce qui ne gênait en rien un Prince ami des sports d'hiver ! (Son frère vient à Lourdes depuis vingt-cinq ans, à la suite d'un voeu et comme brancardier d'un pèlerinage espagnol). Au Barroux, à Fourvière, à Solesmes, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, à Cléry, à Cotignac, à Frigolet, à Saint-Martin-de-Tours, à Reims... dans cent églises de France j'ai vu un Prince finalement pieux, brûlant des cierges, souvent seul dans le choeur pour écouter une messe, parfois trop recyclée pour lui qui n'aimer prier qu'en latin. Il ne se sentait point intégriste, mais aimait la tradition et on peut dire que presque toutes les messes dites sous son autorité ou celles de ses collaborateurs étaient de saint Pie V. On le vit à Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour les obsèques du père de notre ami Guy Augé. Au fond, cet homme était habitué aux grands de ce monde et n'était pas fait pour de petites chapelles. La plupart des souverains et chefs de Maisons autrefois souveraines étaient ses parents (ne serait-ce que par la reine Victoria sa trisaïeule !) et il avait rencontré de très nombreux dirigeants de tous les pays, tout particulièrement en Amérique latine. Ce Prince était destiné à parler aux cardinaux et il le faisait. On dira plus tard ce qui s'est passé en 1988.
Plus le temps passait et plus le Prince souffrait des commémorations révolutionnaires à venir. Il admettait qu'il y avait beaucoup de choses à modifier en 1789 et son oncle Henri V pensait de même, mais il n'admettait pas qu'on ait tué deux millions de personnes pour réorganiser la France et fonder le système métrique qui serait d'ailleurs un jour ou l'autre arrivé, Louis XVI régnant. Il le disait et redisait : de Saint-Just et Robespierre à Pol Pot en passant par Lénine, Staline, Mao, Hitler et Castro, la Révolution universelle avait causé des désastres sans nom. Le Prince parlait de Dieu, de la loi naturelle (le Décalogue) et de la loi surnaturelle (l'Evangile) ; il évoquait la tradition des rois très-chrétiens et les vieilles recettes qui avaient fait de la France le premier pays de l'Occident.

Son prochain établissement en France, ses fiançailles avec une toute charmante archiduchesse, la progressive emprise sur lui de la tradition de ses aïeux, tout faisait en cet homme une alchimie profonde. Pour dire bref, il y croyait, alors qu'il avait été si longtemps réticent, encore que bienveillant, devant les actions de ses amis. Jusqu'au bout, on peut même dire jusqu'en haut de la piste fatale, car il parla en anglais à un journaliste qui transcrivit heureusement ses paroles, le Prince déclara que la Couronne de France devait lui revenir, qu'il était prêt à l'accepter et que ce serait pour lui un grand honneur.
Critiqué et fortement incompris en Espagne, il voyait bien que la France lui ouvrait ses bras. Il jubilait en signant sa carte d'identité et son passeport français, téléphonant immédiatement à des amis pour leur annoncer cette nouvelle : cela je l'ai vu. Le jugement de décembre 1988, dû à la justesse de sa cause et au talent de M. le ministre Jean Foyer, fut aussi une grande joie.
Pour lui, Paris était le destin : nombreux étaient les hommes politiques au plus haut niveau qui étaient aimables avec lui. Le Prince était d'ailleurs en contact avec des célébrités du monde financier. Je sais qu'il se flattait de connaître des historiens et des juristes de la plus grande qualité. Certains d'entre eux pleuraient dans Saint-Denis...
Allions-nous trop vite dans cette montée ? Dieu n'a-t-il pas voulu que la progression soit plus calme, la France n'étant pas encore mûre pour de grands changements ? Le Prince le disait souvent : nous sommes en république et les Français s'en accommodent pour l'heure. Dieu nous fera sans doute comprendre un jour le pourquoi de toutes choses, y compris les plus crucifiantes. La France doit passer par l'épreuve de la Croix pour ressusciter, mais l'oeuvre d'un tel Prince est-elle perdue ? Je ne le crois pas et notre acquis est immense. Il aura montré à tous que l'on pense encore chez les aînés des Bourbons à la monarchie très-chrétienne.
Il faudrait lire les signes et les interpréter. En 1988, le prince Alphonse avait tenu à recevoir son fils chevalier des Ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit : en l'adoubant et en lui posant le collier du Saint-Esprit sur les épaules, le Prince accomplissait un geste de transmission de tradition. Mais en 1987, chez les Soeurs de Baugé, en Maine-et-Loire, lorsque la fameuse Croix d'Anjou fut sortie de sa vitrine de sécurité, il baisa cette insigne relique taillée, paraît-il, dans le bois de la Vraie Croix et environnée de joyaux par les soins de Louis Ier de France, duc d'Anjou, à la fin du XIVe siècle ; il présenta ensuite cette croix à la vénération de ses proches amis puis aux photographes et aux gens de la télévision allemande qui nous suivaient à la trace. 1987 fut donc la brillante commémoration du Millénaire capétien (qu'on se souvienne des cris de "Vive le roi !" lors de la soirée de Saumur le 3 juillet et de la magnifique grand-messe en la primatiale Saint-Jean de Lyon !), mais ce fut aussi cette année-là que le roi de droit nous montra la Croix.

En 1988, le Prince signa des textes magnifiques pour commémorer le 350e anniversaire de la consécration de la France à la Vierge par Louis XIII et il participa en août à la procession commémorative d'Abbeville. En 1989, le Prince avait enfin compris (je dis enfin, car je lui en parlais depuis 1958) qu'il fallait faire quelque chose pour la commémoration du troisième centenaire du message du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie. L'abbé Chanut en a parlé lors de la Messe de Saint-Denis.
Longtemps réticent devant toutes les difficultés qu'il imaginait autour d'un Etat restitué à Dieu, le prince Alphonse avait devant les yeux le médiocre résultat apparent de l'Espagne consacrée au Sacré-Coeur par son grand-père Alphonse XIII et Francisco Franco... Il détestait de plus les perpétuelles leçons que lui infligeaient les sacliéristes dans leur feuille et avait été fortement blessé et scandalisé par les paroles publiques de leur chef de file, assurant qu'il avait perdu son fils en ne consacrant pas la France !
Pauvre Prince ! Il ne pouvait évidemment consacrer la France qui ne lui appartenait pas et nous étions quelques-uns à nous interroger sur l'acte à faire, mais Paray-le-Monial était sur notre chemin en 1989. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est la lecture d'un long article d'un Chrétien de gauche, Stanislas Fumet, qui le fit réfléchir sur les conséquences du mépris de la France pour le Sacré-Coeur (cf. Le Coeur, Etudes carmélitaines, 1950, p. 355-378 : "Prophétisme du Sacré-Coeur"). Quel chemin parcouru depuis notre montée au Sacré-Coeur de Montmartre au début de décembre 1962, en compagnie de La Forest Divonne, de Christian Papet-Vauban, de Guy Augé, de Marc Winckler et d'autres amis désireux d'entourer "l'héritier des siècles" !
Nous avons remarqué que le maître-autel de la chapelle des Delcalzas reales est entouré de deux grandes statues : le Christ et sa Mère qui montrent leur coeur, et il nous a semblé qu'il y avait là un signe. Les Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie veillent sur un Prince de bonne volonté.
Il nous reste maintenant à continuer, à dire le droit, à montrer l'excellence de la monarchie très-chrétienne, à aider autant que faire se peut le fils du défunt et à beaucoup prier, pour Alphonse II, pour Louis XX, pour la Princesse Emmanuelle et son fils cadet, le prince Gonzalve, duc d'Aquitaine, qui sont en si grand deuil. 
Que Dieu protège la France et les aînés de l'auguste famille de ses rois !" 

Hervé Pinoteau (1989)


L'hommage du Maître-Chat il y a deux ans, pour le quart de siècle du trépas d'Alphonse II :

A notre regretté Prince Alphonse.

1989 – 30 janvier – 2014

Armes de France

Le vingt-cinquième anniversaire de la mort « accidentelle » de notre regretté Prince Alphonse de Bourbon, de jure Roi Alphonse II de France, est l’occasion de relire certains beaux témoignages qui lui ont été rendus.
Cette publication permettra à nos amis, grâce aux liens que nous plaçons ci-dessous, de s’y reporter :
1) le blogue du Cercle Légitimiste de Lorraine Robert de Baudricourt, reproduit ainsi un témoignage de Monsieur le duc de Baufremont, rédigé à l’occasion du vingtième anniversaire de la mort du Prince, et une lettre-préface de feue Madame la duchesse de Ségovie rédigée quelques semaines après le tragique accident qui causa la mort de son fils. C’est à lire ici www .
La Province Légitimiste de Provence reproduit également cette lettre-préface de Madame la duchesse de Ségovie en publiant en outre un résumé rappelant les circonstances de la mort du Prince, ses funérailles et en publiant la photo de sa sépulture > www.
2) Le témoignage, déjà ancien, du Baron Pinoteau, intitulé : « Le Prince que j’ai servi », est toujours intéressant à relire. Ici > www.
3) Différent et beaucoup plus court, le texte d’hommage de Jean Raspail peut également être lu ici > www.
4) Et puis il y a ce toujours très émouvant enregistrement de l’oraison funèbre que feu Monsieur l’Abbé Chanut - aumônier du Prince retourné à Dieu l’été dernier –  prononça lors de la Sainte Messe de Requiem célébrée en la basilique nécropole royale de Saint-Denys le 9 février 1989,  dans laquelle il dévoile le dessein qu’avait formé Monseigneur le Prince Alphonse de consacrer sa personne, sa famille et la France au Sacré-Coeur de Jésus > www.
Terminons cette évocation dans le recueillement, en nous laissant porter dans la prière de l’introït du « Requiem des Roys de France » d’Eustache du Caurroy (1549-1609) :

Note : la « Missa pro defunctis » à cinq voix de du Caurroy, composée en 1606, fut chantée aux funérailles de Sa Majesté le Roi Henry IV en 1610, et par la suite, selon le chanoine et musicologue Sébastien de Brossard, elle aurait été interprêtée aux funérailles royales au cours des deux siècles qui suivirent, d’où son surnom qui lui est resté attaché.

Invitation

28 janvier - Saint-Charlemagne


Fête de S. Charlemagne
Patron de la Confrérie royale

« S. Louis et S. Charlemagne sont à genoux devant [Dieu], faisant leur prière pour vous » (Ste Jeanne d’Arc à Charles VII).

« Vous direz à vos compatriotes qu’ils fassent trésor des testaments de S. Remi, de Charlemagne et de S. Louis – ces testaments qui se résument dans les mots si souvent répétés par l’héroïne d’Orléans : Vive le Christ qui est Roi des Francs ! » (S. Pie X en 1908 à Mgr Touchet)



Nous ne pouvons que renvoyer aux excellents (et si documentés) articles d'un petit chat ecclésiastique...
> Iconographie sacrée de l'empereur.
> 850e anniversaire de sa canonisation le 29 décembre dernier.
> De la validité de sa canonisation.


Messe propre de saint Charlemagne
Patron d'Aix-la-Chapelle & de l'Université de Paris
Fête chômée depuis Louis XI

[Le Trait remplace l'Alleluia puisque nous sommes en Septuagésime. Credo dans la Confrérie]





Sceptre dit de Charlemagne

Livret des traductions de la Messe



Résultat de recherche d'images pour "signature charlemagne"

Office liturgique de saint Charlemagne
(au Propre d'Allemagne et de certains diocèses)


IN FESTO S. CAROLI MAGNI
IMPERATORIS ET CONFESSORIS


Omnia ut in Communi Confessoris non Pontificis, præter sequentia.

ORATIO
Omnipotens et misericors Deus, qui a gloria tua nullam conditionem excludis, te suppliciter exoramus, ut sicut beato Carolo Confessori tuo post terreni culmen Imperii cœlestis regni solium contulisti : ita meritis ejus et precibus nobis quoquee famulis tuis æternæ felicitatis præmia largiaris. Per Dominum.

IN II. NOCTURNO

Lectio IV – Carolus propter rerum, quas gessit, magnitudinem cognomento Magnus, propter ardentissimum autem Religionis Christianæ tuendæ, et propagandæ studium in Synodo Moguntina Christianissimus, veræque Religionis, et sanctæ Dei Ecclesiæ defensor condictus, Patre Pipino Francorum Rege, Matre Berthrada Græca Principe in Ingelhemii castro natus, genus suum ex Francis Orientalibus duxit, Petro Diacono, et Alcuino Prceptoribus usus cœlestium rerum ac Philosophiæ notitiam haud vulgarem assecutus est. Patris autem jussu anno ætatis decimo quinto militiæ se applicavit, in qua Deo manus ejus ad prælia edocente adeo excelluit, ut præclarissimas de Aquitanis, Longobardis, Saxonibus, Hunnis ac Saracenis in Gallia, Italia, Germania, ac Hispania victorias referret, quibus (quod in bellis spectabat unice) Ecclesiam Dei mirifice protexit, ac dilatavit, atque Imperatoris Romani dignitatem a Sede Apostolica populo acclamante accepit.

R/ Honestem fecit…

Lectio V – Fortitudini vero bellicæ pietatem Christianam, ac proximi charitatem raro exemplo ita conjuxit, ut dubium relinqueret, in qua magis præcelleret, in ædibus sacris rem divinam obibat assidue, neque statas preces Canonicas seu nocturnas, seu diurnas, cum valuit, facile neglexit : Romam voti causa quater adiit, Divi quoque Jacobi Apostoli in Gallicia ædem celebrem lustravit, fastos Martyrum, et homilias sanctorum Patrum in Evangelia colligi, et per anni circulum annuente Hadriano Primo Summo Pontifice populo proponi curavit. Novem Episcopales sedes in Germania erexit, et munifcentissime dotavit, Monasteriensem videlicet, Mindensem, Halbersstadiensem, Osnabrucensem, Hamburgensem, et Bremensem. Ea in cultu corporis modestia usus est, ut extra summas solemnitates veste a communi et plebeia parum differente incederet, sub qua aliam setis horrentem majore vitæ suæ tempore ad corpus suum edomandum gestavit.

R/ Amavit eum…

IN III. NOCTURNO

Lectio sancti Evangelii secundum Lucam.

Lectio VII – cap. 19. In illo tempore : Dixit Jesus discipulis suis parabolam hanc : Homo quidam nobilis abiit in regionem longinquam, accipere sibi regnum, et reverti. Et reliqua.

Homilia sancti Ambrosii Episcopi.
Liber 8. in Lucam.

Bonus ordo, ut vocaturus gentes, et Judæos jussurus interfici, qui noluerunt regnare supra se Christum, hanc præmitteret comparationem, ne diceretur : Nihil dederat populo Judæorum, unde poterat melior fieri ; ut quid ab eo, qui nihil recepit, exigitur ? non mediocris ista est Mna, quam supra mulier Evangelica, quia non invenit, lucernam accendit, lumine quærit admoto, gratulatur inventam.

R/ Iste est, qui ante Deum…

Lectio VIII – Denique ex una decem mnas alius fecit, alius quinque. Fortasse iste moralia habet, quia quinque sunt corporis sensus : ille duplicia, id est, mystica legis, et moralia probitatis. Unde et Matthæus quinque talenta, et duo talenta posuit : in quinquet alentis, ut sint moralia, in duobus utrumque, mysticum atque morale. Ita quod numero inferius, re uberius.

R/ Sint lumbi…

Pro S. Agnete secundo

Lectio IX – Beata Agnes, parentibus ad ejus sepulcrum assidue vigilantibus, quadam nocte choro virginum comitata cum apparuisset, sic ad eos locuta dicitur : Ne me, parentes, mortuam lugeatis ; nam una cum his virginibus vivo apud illum in cælis, quem in terris tota mente dilexi. Cum aliquot post annos Constantia, Constantini imperatoris filia, insanabili ulceri medicinam quærens, nondum christiana ad idem sepulcrum accessisset ; obdormiscens sibi audire visa est vocem hanc Agnetis : Constante rage, Constantia : crede in Jesum Christum Filium Dei, qui te sanam faciet. Quæ sanata, paulo post una cum multis ex familia impertoris baptismum suscipiens, ibi ecclesiam nomine beatæ Agnetis ædificavit. Te Deum.

Fit de S. Agnete secundo commemoratio in Laudibus.

Missa ut in Festo S. Ludovici Regis Galliæ 25. Augusti præter Orationem primam, quæ est propria, ut supra. Et fit commemoratio S. Agnetis secundo.


Reliquaire de la calotte crânienne du saint empereur.

DOM GUERANGER : L’ANNEE LITURGIQUE.

Au gracieux souvenir de la douce martyre Agnès, un grand nombre d'Eglises, surtout en Allemagne, associent  aujourd'hui la mémoire imposante du pieux Empereur Charlemagne. L'Emmanuel, en venant en ce monde, doit recevoir le titre de Roi des rois et de Seigneur des seigneurs ; il doit ceindre l'épée et tenir sous son sceptre la multitude des nations : quoi de plus juste que d'amener à son berceau le plus grand des princes chrétiens, celui qui se fit toujours gloire de mettre son épée au service du Christ et de son Eglise !
Le respect des peuples était déjà préparé en faveur de la sainteté de Charlemagne, lorsque Frédéric Barberousse fit rendre le décret de sa canonisation par l'antipape Pascal III, en 1165 : c'est pourquoi le Siège Apostolique, sans vouloir approuver une procédure irrégulière, ni la recommencer dans les formes, puisqu'on ne lui en a pas fait la demande, a cru devoir respecter ce culte en tous les lieux où il fut établi. Cependant les nombreuses Eglises qui honorent, depuis plus de sept siècles, la mémoire du grand Charles, se contentent, par respect pour le martyrologe Romain où son nom ne se lit pas, de le fêter sous le titre de Bienheureux.
 Avant l'époque de la Réforme, le nom du Bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d'un grand nombre de nos Eglises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen l'avaient conservé jusqu'à nos jours. L'Eglise de Paris le sacrifia, de bonne heure, aux préjugés des Docteurs dont les opinions avancées se manifestèrent dans son Université, dès la première moitié du xvie siècle. La Réforme avait conçu de l'antipathie contre un homme qui avait été la plus magnifique et la plus complète représentation du Prince catholique ; et ce fut bien moins le défaut d'une canonisation en règle que l'on mit en avant pour effacer du calendrier le nom de Charlemagne, que la prétendue licence de ses mœurs, dont on affecta de relever le scandale. Sur cette question comme sur bien d'autres, le sentiment public se forma à la légère ; et nous ne nous dissimulons pas que les personnes qui se sont le moins occupées d'étudier les titres de Charlemagne à la sainteté, seront les plus étonnées de trouver son nom dans cet ouvrage.
Plus de trente Eglises, en Allemagne, célèbrent encore aujourd'hui la fête du grand Empereur ; sa chère Eglise d'Aix-la-Chapelle garde son corps et l'expose à la vénération des peuples. Les Vies des Saints publiées en France, même celle de Baillet et de Godescard, n'ont point été infidèles à sa mémoire. Par un étrange retour, l'Université de Paris le choisit pour son Patron en 1661 ; mais sa fête, qui était abrogée depuis plus d'un siècle, ne se releva que comme solennité civile, sans aucune mention dans la Liturgie.
Il n'entre point dans le plan de cet ouvrage de discuter les raisons pour lesquelles un culte a été attribué aux Saints sur lesquels nous réunissons les éloges liturgiques ; on ne doit donc pas attendre de nous une démonstration en forme de la sainteté de Charlemagne. Cependant nous avouerons, en passant, que nous inclinons avec Bossuet, dont la sévérité en morale est assez connue, à croire que les moeurs de Charlemagne furent toujours pures (1), et que le préjugé contraire, qui n'a pour lui que quelques textes assez vagues et contradictoires de certains auteurs du moyen âge, a dû ses développements à la malheureuse influence de l'esprit protestant. Nous rappellerons que D. Mabillon, qui insiste sur le fait de la répudiation d'Hermengarde, que cet Empereur quitta pour reprendre Himiltrude, sa première femme, comme sur une action qui fut justement blâmée, conclut le récit des actions de Charlemagne, dans ses Annales Bénédictines, en avouant qu'il n'est pas démontré que la pluralité des femmes de ce prince ait été simultanée. Le P. le Cointe et le P. Noël Alexandre, auteurs non suspects de partialité, et qui ont examiné à fond la question, montrent, avec évidence, que le seul reproche qui puisse être adressé à Charlemagne, au sujet des femmes, est relatif à la répudiation d'Himiltrude, qu'il quitta momentanément pour prendre Hermengarde, par complaisance pour sa mère, et qu'il reprit, l'année suivante, pour obéir à son devoir, et céder aux remontrances du Pape Etienne IV. Nous avouons volontiers qu'après la mort de Liutgarde, la dernière de ses femmes qui ait eu les honneurs de Reine, Charlemagne en a eu plusieurs autres, qui sont appelées concubines par Eginhard, parce qu'elles ne portaient point la couronne, et que leurs enfants n'étaient pas considérés comme princes du sang ; mais nous disons, avec D. Mabillon, que Charlemagne a pu avoir successivement ces femmes : ce qui, dit-il, est tout à fait croyable de la part d'un prince si religieux, et à qui les lois de l'Eglise étaient tant à cœur (2).
1.     Vaillant, savant, modéré, guerrier sans ambition, et exemplaire dans sa vie, je le veux bien dire en passant, malgré les reproches des siècles ignorants, ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu, et il se montra très chrétien dans toutes ses oeuvres. Sermon sur l'unité de l'Eglise.
2.     Annales Benedictini. Tome II, pag. 408.
Indépendamment du sentiment des auteurs si graves que nous venons de citer, un fait incontestable suffit pour garantir Charlemagne de tout reproche sérieux au sujet de la pluralité des femmes, du moins depuis le renvoi d'Hermengarde, pour reprendre Himiltrude. Le prince avait alors vingt-huit ans. On connaît la sévérité des Pontifes romains sur le respect dû au mariage par les princes. L'histoire du moyen âge est remplie du récit des luttes qu'ils ont soutenues pour venger un point si essentiel de la morale chrétienne contre les monarques même les plus puissants, et quelquefois les plus dévoués à l'Eglise. Comment serait-il possible que saint Adrien Ier, qui siégea de 772 à 795, et fut honoré par Charlemagne comme un père, dont celui-ci requérait l'avis en toutes choses, eût laissé ce prince s'abandonner aux plus graves désordres, sans réclamer, tandis qu'Etienne IV, qui n'a siégé que trois ans, et n'a pas eu la même influence sur Charlemagne, a bien su procurer le renvoi d'Hermengarde ? Comment serait-il possible que saint Léon III, qui a siégé de 795 jusqu'après la mort de Charlemagne, dont il a récompensé la piété en lui mettant sur la tête la couronne impériale, n'eût fait aucun effort pour le détacher des concubines qui auraient succédé à la dernière reine Liutgarde ? Or, nous ne trouvons aucune trace de telles réclamations de la part des deux Pontifes qui ont occupé, à eux seuls, le Saint-Siège pendant plus de quarante ans, et que l'Eglise universelle a placés sur ses autels ; nous sommes donc en droit de conclure que l'honneur de l'Eglise est intéressé dans cette question, et il est de notre devoir de catholiques de n'être pas indifférents à la cause des mœurs de Charlemagne.
Quoi qu'il en soit des motifs de conscience qui légitimèrent, aux yeux de ce prince, la répudiation d'Himiltrude, dont il paraît, par la lettre d'Etienne IV, que le mariage avait pu être cassé comme invalide, quoique à tort, Charlemagne trouva, plus tard, dans sa propre conduite, assez de confiance pour insister avec la plus grande énergie contre le crime d'adultère, et même de simple fornication, dans ses Capitulaires. Nous nous contenterons de citer un seul exemple de cette vigueur chrétienne; et nous demanderons à tout homme de bonne foi s'il eût été possible à un prince compromis lui-même dans ses mœurs, de s'exprimer, non seulement avec cette simplicité tout évangélique, mais encore avec cette assurance d'honnête homme, en présence des Evêques et des Abbés de son empire, en face des Princes et des Barons dont il voulait contenir les passions, et qui auraient été en mesure d'opposer à ses exhortations et à ses menaces le spectacle humiliant de sa propre conduite.
« Nous défendons, sous peine de sacrilège, dit-il dans un Capitulaire publié sous le pontificat de saint Léon III, l'envahissement des biens de l'Eglise, les injustices de tout genre, les adultères, les fornications, les incestes, les unions illicites, les homicides injustes, etc., par lesquels nous savons que périssent, non seulement les royaumes et les rois, mais encore les simples particuliers. Et comme, par le secours de Dieu, par le mérite et l'intercession des Saints et des serviteurs de Dieu, que nous avons toujours honorés, nous avons acquis jusqu'ici grand nombre de royaumes, et remporté beaucoup de victoires, c'est à nous tous de prendre garde de ne pas mériter de perdre ces biens par les susdits crimes et luxures honteuses. En effet, nous savons que beaucoup de contrées, dans lesquelles ont eu lieu ces envahissements des biens des Eglises, ces injustices, ces adultères, ces prostitutions, n'ont su être ni braves dans la guerre, ni stables dans la foi. Chacun peut, en lisant leurs histoires, connaître comte ment le Seigneur a permis aux Sarrasins et autres peuples de subjuguer les ouvriers de telles iniquités ; et nous ne doutons pas que semblables choses ne nous arrivassent, si nous ne nous gardions de tels méfaits ; car Dieu a coutume de les venger. Que chacun de nos sujets sache donc que celui qui sera surpris et convaincu de quelqu'un de ces crimes, perdra tous ses honneurs, s'il en a ; qu'il sera mis en prison, jusqu'à ce qu'il se soit amendé et qu'il ait fait la satisfaction d'une pénitence publique ; et aussi qu'il sera séparé de toute société des fidèles, tant nous devons craindre la fosse dans laquelle nous savons que d'autres sont tombés. » Charlemagne eût-il tenu ce langage, si, comme on l'a prétendu, sa vieillesse eût été livrée à la débauche, au temps même où il publiait ce Capitulaire, c'est-à-dire après la mort de Liutgarde ?
Quand bien même on admettrait que ce grand prince eût commis des fautes, c'est aux premières années de son règne qu'il faudrait les reporter; alors il serait juste, en même temps, de considérer dans le reste de sa vie les traces admirables de la plus sincère pénitence. N'est-ce pas un spectacle merveilleux que devoir un si grand guerrier, parvenu à la monarchie universelle, s'exercer continuellement, non seulement à la sobriété, si rare dans sa race, mais encore à des jeûnes comparables à ceux des plus fervents solitaires, porter le cilice jusqu'à la mort, assister de jour et de nuit aux Offices de l'Eglise, jusque dans ses campagnes, sous la tente ; secourir par l'aumône, qui, comme parle l'Ecriture, couvre la multitude des péchés, non seulement tous les pauvres de ses Etais, qui venaient implorer sa charité, mais jusqu'aux chrétiens de l'Afrique, de l'Egypte, de la Syrie, de la Palestine, en faveur desquels il épuisa souvent ses trésors? Mais, ce qui dépasse tout, et nous découvre dans Charlemagne, d'un seul trait, l'ensemble des vertus chrétiennes que l'on peut désirer dans un prince, c'est qu'il ne parut avoir reçu le pouvoir suprême que pour le faire servira l'extension du règne de Jésus-Christ sur la terre. Si l'on cherche un autre mobile dans tout ce qu'il a fait par ses victoires et par sa législation, on ne le trouvera pas.
Cet homme qui tenait en sa main, non seulement la France, mais encore la Catalogne, la Navarre et l'Aragon ; la Flandre, la Hollande et la Frise; les provinces de la Westphalie et de la Saxe, jusqu'à l'Elbe; la Franconie, la Souabe, la Thuringe et la Suisse ; les deux Pannonies, c'est-à-dire l'Autriche et la Hongrie, la Dacie, la Bohème, l'Istrie, la Liburnie, la Dalmatie et jusqu'à l'Esclavonie ; enfin toute l'Italie jusqu'à la Calabre-Inférieure ; cet homme, disons-nous, est le même qui s'intitulait ainsi dans ses Capitulaires : « Moi, Charles, par la grâce de Dieu et le don de sa miséricorde, Roi et gouverneur du Royaume des Français, dévot défenseur de la sainte Eglise de Dieu, et son humble champion. » Tant d'autres, moins puissants que lui, et qu'on sait encore admirer malgré leurs crimes, dont on dissimule avec tant d'art les dépravations, n'ont vécu, pour ainsi dire, que pour l'asservissement de l'Eglise. On a vu jusqu'à des princes pieux tenter de mettre la main sur sa liberté ; Charles l'a toujours respectée comme l'honneur de sa propre mère. C'est lui qui, marchant sur les traces de Pépin son père, a préparé généreusement l'indépendance du Siège Apostolique. Jamais les Pontifes Romains n'eurent de fils plus dévoué et plus obéissant. Bien au-dessus des jalousies de la politique, il rendit au clergé et au peuple les élections épiscopales qu'il avait trouvées aux mains du prince. Ses conquêtes eurent pour principale intention d'assurer la propagation de la foi chez les nations barbares ; on le vit entrer en Espagne pour affranchir les Chrétiens opprimés par les Sarrasins. Il voulut resserrer les liens des Eglises de son Royaume avec le Siège Apostolique, en établissant pour jamais dans tous les Etats de sa domination la Liturgie romaine. Dans sa législation tout entière, rendue dans des assemblées où les Evêques et les Abbés avaient la prépondérance, on ne trouve aucune trace de ces prétendues Libertés Gallicanes, qui consistent dans l'intervention du prince ou du magistrat civil en des matières purement ecclésiastiques. « Charles, dit Bossuet dans ce même Sermon sur l'Unité de l'Eglise, eut tant d'amour pour l'Eglise Romaine, que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Eglise de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul, et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire, ce qui fut répété depuis par tout un Concile, sous l'un de ses descendants, que quand cette Eglise imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir. »
D'où pouvait donc provenir cette modération sublime, avec laquelle Charlemagne inclinait son glaive victorieux devant la force morale, cet apaisement des mouvements de l'orgueil qui croit ordinairement en proportion de la puissance, si ce n'est de la sainteté ? L'homme seul, sans le secours d'une grâce qui habite son cœur, n'arrive point à cette élévation, et surtout n'y demeure pas durant une vie entière. Charlemagne a donc été choisi par l'Emmanuel lui-même pour être la plus admirable représentation du prince chrétien sur la terre ; et les cœurs catholiques aimeront à proclamer sa gloire en présence de l'Enfant qui vient régner sur toutes les nations, pour les régir dans la sainteté et la justice. Jésus-Christ est venu apporter du ciel l'idée de la royauté chrétienne; et nous sommes encore à chercher dans l'histoire l'homme qui l'aurait conçue et réalisée avec autant de plénitude et de majesté que Charles le Victorieux, toujours Auguste, couronné de Dieu.
Nous demanderons aux Bréviaires de l'Allemagne le récit liturgique des actions du grand Apôtre des Germains. Les Leçons qui suivent ne sont pas parfaites sous le rapport de la rédaction ; mais elles sont précieuses, parce qu'on y entend encore la voix d'un peuple catholique et fidèle dans ses affections.
 Le Bienheureux Charles eut pour père Pépin, qui était fils du duc de Brabant, et qui fut dans la suite élu au trône de France, et pour mère Bertrade, fille de l'Empereur des Grecs. Il se montra digne, par ses hauts faits et son zèle pour la Religion chrétienne, d'être surnommé le Grand ; et un Concile de Mayence lui donna le titre de Très Chrétien. Après avoir expulsé les Lombards de l'Italie, il fut le premier qui mérita d'être couronné Empereur, par les mains du Pape Léon III. A la prière d'Adrien, prédécesseur de Léon, il entra en Italie avec une armée et rendit à l'Eglise son patrimoine, et l'Empire à l'Occident. Il vengea le Pape Léon des violences des Romains qui l'avaient traité injurieusement, durant la grande Litanie, et chassa de la ville ceux qui s'étaient rendus coupables de ce sacrilège. Il fit beaucoup de règlements pour la dignité de l'Eglise ; entre autres il renouvela cette loi, ordonnant que les causes civiles seraient remises au jugement de l'Eglise, lorsque l'une des parties le demanderait. Quoiqu'il fût de mœurs très douces, il réprimait cependant les vices avec une grande sévérité, surtout l'adultère et l'idolâtrie, et établit des tribunaux particuliers revêtus d'un pouvoir étendu, qui, jusqu'à ce jour, existent encore dans la Basse-Saxe.
 Après avoir combattu trente-trois ans contre les Saxons, il les soumit enfin, et ne leur imposa d'autre loi que de se faire chrétiens; il obligea à perpétuité les possesseurs de terres à élever des croix de bois dans leurs champs, afin de confesser ouvertement leur foi au Christ. Il purgea la Gascogne, l'Espagne et la Galice des idolâtres qui s'y trouvaient, et il remit en honneur le tombeau de saint Jacques, comme il l'est aujourd'hui. Dans la Hongrie, pendant huit ans entiers, il soutint le Christianisme par ses armes; et il se servait contre les Sarrasins de cette lance toujours victorieuse dont un soldat avait ouvert le côté du Christ. Dieu favorisa de plusieurs prodiges tant d'efforts pour l'extension de la foi : ainsi les Saxons qui assiégeaient  Sigisbourg, frappés de terreur par la main de Dieu, prirent la fuite ; et, dans la première révolte de ce peuple, il sortit de terre un fleuve abondant qui désaltéra l'armée des Francs privée d'eau depuis trois jours. Un si grand Empereur se montrait vêtu d'un habit qui le distinguait à peine du peuple ; presque habituellement il portait le cilice ; et ce n'était qu'aux principales fêtes de Jésus-Christ et des Saints que l'or paraissait sur lui. Il défrayait les pauvres et les pèlerins, tant dans son propre palais que dans les autres contrées, par les aumônes qu'il, envoyait de toutes parts. Il bâtit vingt-quatre Monastères, et remit à chacun ce qu'on appelait îa bulle d'or, du poids de deux cents livres. Il établit deux Sièges Métropolitains et neuf Evêchés. Il construisit vingt-sept Eglises ; enfin, il fonda deux Universités, celle de Pavie et celle de Paris.

Comme Charles cultivait les lettres, il employa le docteur Alcuin pour l'éducation de ses enfants dans les sciences libérales, avant de les former aux armes et à la chasse. Enfin la soixante-huitième année de son âge, après avoir fait couronner et élire roi Louis son fils, il se donna tout entier à la prière et à l'aumône. Sa coutume était de se rendre à l'Eglise le matin et le soir, souvent même aux heures de la nuit ; car ses délices étaient d'entendre le chant grégorien, qu'il établit le premier en France et en Germanie, après avoir obtenu des chantres d'Adrien Ier. Il eut soin aussi de faire transcrire en tous lieux les hymnes de l'Eglise. Il écrivît les Evangiles de sa propre main, et les conféra avec les exemplaires grecs et syriaques. Il fut toujours très sobre dans le boire et dans le manger, ayant coutume de traiter les maladies par le jeûne, qu'il prolongea quelquefois  jusqu'à sept jours. Enfin, après avoir beaucoup souffert de la part des méchants, il tomba malade en la soixante-douzième année de son âge. Ayant reçu la sainte communion des mains de l'Evêque Hildebalde, et fait lui-même, sur chacun de ses membres, le signe de la croix, il récita ce verset : « Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains », et rendit son âme à Dieu le cinq des calendes de février, plein de nombreux mérites. Il fut enseveli dans la Basilique d'Aix-la-Chapelle, qu'il avait bâtie et enrichie de reliques des Saints. Il y est honoré par la piété et l'affluence des pèlerins, et par les faveurs que Dieu accorde à son intercession. Sa fête est célébrée dans la plupart des diocèses d'Allemagne, du consentement de l'Eglise, depuis le pontificat d'Alexandre III, comme celle du principal propagateur de la foi dans le Nord.
 L'Hymne suivante fait partie de l'Office du Bienheureux Charlemagne, d'où sont tirées les Leçons qu'on vient de lire.

Ô Roi triomphateur de l'univers, Empereur des rois de la terre, du séjour des bienheureux , daignez écouter nos gémissements.
Par vos prières la mort s'enfuit, les maladies s'éloignent, la vie est rendue ; vous désaltérez ceux qui ont soif, vous purifiez les nations par le baptême.
Votre prière renverse les murailles que l'art et la nature rendaient inexpugnables ; aux nations que vous avez vaincues, vous enseignez à porter le joug suave du Christ.
Ô digne serviteur du ciel, serviteur prudent et fidèle ! du sein des camps, vous êtes monté aux cieux, vous êtes allé au séjour de la paix.
De votre épée frappez le rocher ; faites-en sortir pour nous une fontaine vive; implorez Dieu pour nous, par vos pieuses prières, et rendez-le clément envers nous.
Gloire et louange à la Trinité, honneur à l'Unité, qui, dans la vertu souveraine, règnent d'un droit égal. Ainsi soit-il.

Cette Antienne appartient à la même Liturgie
Ant. Espoir des affligés, terreur des ennemis, douceur pour les vaincus, règle de vertu, sentier du droit, forme du salut, ô Charles, recevez les pieux hommages de vos serviteurs.
Parmi les Séquences consacrées à notre grand Empereur, nous trouvons la suivante, extraite d'un ancien Missel d'Aix-la-Chapelle.
SÉQUENCE.
Cité d'Aix, cité royale, siège principal de la royauté, palais préféré de nos princes;
Chante gloire au Roi des rois, aujourd'hui que tu célèbres la mémoire du grand roi Charles.
Que notre chœur chante dans l'allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.
Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, le cœur médite douce psalmodie.
En ce jour de fête, que l'Eglise honore les grands gestes du grand Roi.
Rois et peuples de la terre, que tous applaudissent d'un concert joyeux.
Charles est le fort soldat du Christ, le chef de l'invincible cohorte ; à lui seul il renverse dix mille combattants.
De l'ivraie il purge la terre ; il affranchit la moisson, en sarclant de son glaive cette herbe maudite.
C'est là le grand Empereur , bon semeur d'une bonne semence, et prudent agriculteur.
Il convertit les infidèles, il renverse temples et dieux; sa main brise les idoles.
Il dompte les rois superbes, il fait régner les saintes lois avec la justice;
La justice: mais il lui donne pour compagne la miséricorde.
Il est sacré de l'huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.
Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l'Impériale Majesté.
Ô Roi triomphateur du monde, toi qui règnes avec Jésus-Christ, ô père saint ! ô Charles ! sois notre intercesseur ;
Afin que, purs de tout péché, dans le royaume de la lumière, nous, ton peuple, soyons les habitants du ciel avec les bienheureux.
Etoile de la mer, ô Marie, salut du monde, voie de la vie ! dirige nos pas vacillants et donne-nous accès auprès du Roi suprême, dans la gloire sans fin.
Ô Christ ! splendeur du Dieu Père, fils de la Mère immaculée, par ce Saint dont nous fêtons le jour, daigne nous accorder l'éternelle joie. Ainsi soit-il.

Nous conclurons les hommages rendus par les diverses Eglises au Bienheureux Charlemagne, en donnant ici la Collecte de sa fête.
PRIONS
Ô Dieu, qui, dans la surabondante fécondité de votre bonté, avez décoré du manteau de la glorieuse immortalité le bienheureux Empereur Charlemagne , après qu'il a eu déposé le voile de la chair : accordez à nos prières de mériter pour pieux intercesseur dans les cieux, celui que vous avez élevé sur la terre à l'honneur de l'Empire, pour la propagation de la vraie foi. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.
Salut, ô Charles, bien-aimé de Dieu, Apôtre du Christ, rempart de son Eglise, protecteur de la justice, gardien des mœurs, terreur des ennemis du nom Chrétien ! Le diadème souillé des Césars, mais purifié par les mains de Léon, couronne votre front auguste ; le globe de l'empire repose en votre forte main ; l'épée des combats du Seigneur, toujours victorieuse, est suspendue à votre baudrier; et l'onction impériale est venue s'unir à l'onction royale dont la main du Pontife avait déjà consacré votre bras puissant. Devenu la figure du Christ dans sa royauté temporelle, vous avez voulu qu'il régnât en vous et par vous. Il vous récompense maintenant de l'amour que vous avez eu pour lui, du zèle que vous avez montré pour sa gloire, du respect et de la confiance que vous avez témoignés à son Epouse. Pour une royauté de la terre, caduque et périssable, vous avez reçu une royauté immortelle, au sein de laquelle tant de millions d'âmes, arrachées par vous à l'idolâtrie, vous honorent comme l'instrument de leur salut.
Dans ces jours où nous célébrons le divin enfantement de la Reine des deux, vous lui présentez le temple gracieux et magnifique que vous élevâtes en son honneur, et qui fait encore sur la terre notre admiration. C'est dans ce saint lieu que vos pieuses mains placèrent les langes de son divin Fils ; en retour, l'Emmanuel a voulu que vos ossements sacrés y reposassent avec gloire, afin d'y recevoir les témoignages de la vénération des peuples. Glorieux héritier de la foi des trois Rois de l'Orient, présentez-nous à Celui qui daigna revêtir ces humbles tissus. Demandez pour nous une part de cette humilité avec laquelle vous aimiez à vous incliner devant la crèche, de cette pieuse joie que goûtait votre cœur dans les solennités que nous célébrons, de ce zèle ardent qui vous fit entreprendre tant de travaux pour la gloire du Fils de Dieu, de cette force qui ne vous abandonna jamais dans la recherche de son Royaume.
Puissant Empereur, qui fûtes autrefois l'arbitre de la famille européenne réunie tout entière sous votre sceptre, prenez en pitié cette société qui s'écroule aujourd'hui de toutes parts. Après mille ans, l'Empire que l'Eglise avait confié à vos mains est tombé : tel a été le châtiment de son infidélité envers l'Eglise qui l'avait fondé. Mais les nations sont restées, et s'agitent dans l'inquiétude. L'Eglise seule peut leur rendre la vie par la foi ; seule, elle est demeurée dépositaire des notions du droit public ; seule, elle peut régler le pouvoir, et consacrer l'obéissance. Faites que le jour luise bientôt, où la société rétablie sur ses bases cessera de demander aux révolutions l'ordre et la liberté. Protégez d'un amour spécial la France, le plus riche fleuron de votre splendide couronne. Montrez que vous êtes toujours son Roi et son Père.
Arrêtez les progrès des faux empires qui s'élèvent au Nord sur le schisme et l'hérésie, et ne permettez pas que les peuples du Saint Empire Romain deviennent à jamais leur proie.
Dom Prosper Guéranger